
CAN 2025 terminée :
ce que les chiffres de l’hôtellerie révèlent vraiment sur le Maroc
2024–2025 : le Maroc franchit un seuil historique
Entre 2024 et 2025, le tourisme marocain a connu une accélération d’une ampleur inédite.
L’année 2024 a constitué une base de référence solide avec environ 17,4 millions de touristes internationaux.
Cette année a été marquée par une hausse de 12 % des nuitées, atteignant 28,7 millions, traduisant un allongement réel de la durée moyenne de séjour, élément fondamental pour la rentabilité hôtelière. Les recettes voyages se sont établies entre 105 et 108 milliards de dirhams, selon les données du Ministère du Tourisme et de l’ONMT.

L’année 2025, en revanche, a marqué une rupture historique. Avec 19,8 millions de touristes internationaux, soit +14 % par rapport à 2024, le Maroc a frôlé pour la première fois le seuil symbolique des 20 millions de visiteurs, confirmant son statut de première destination touristique du continent africain. À fin novembre 2025, les recettes touristiques atteignaient déjà 124 milliards de dirhams, un record absolu, faisant du tourisme l’un des piliers centraux de l’économie nationale.
Cette croissance dépasse largement la dynamique mondiale observée sur la même période. Le Maroc n’est plus dans une logique de rattrapage, mais dans une phase de changement d’échelle structurel.
La CAN 2025 est terminée : premier bilan objectif
La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée entre décembre 2025 et janvier 2026, est désormais achevée. Contrairement à certaines attentes, la CAN n’a pas créé la dynamique touristique de 2025, déjà exceptionnelle, mais elle a concentré la demande sur une période courte et sur un nombre limité de villes, provoquant un choc opérationnel inédit pour l’hôtellerie marocaine.
Pour la première fois, le secteur a été confronté à une situation proche de ce que représentera la Coupe du Monde 2030 : une demande massive, internationale, médiatisée, concentrée dans le temps, avec une tolérance client limitée aux approximations.
Taux d’occupation pendant la CAN 2025 : des niveaux jamais observés
Les données consolidées issues de panels professionnels (STR Global, MKG Consulting, FNIH) et de remontées terrain permettent aujourd’hui de dresser un bilan crédible des performances hôtelières pendant la CAN.

À titre de comparaison, un taux d’occupation annuel moyen supérieur à 65 % est déjà considéré comme excellent au Maroc. La CAN a donc placé plusieurs destinations dans une situation de saturation quasi permanente pendant plusieurs semaines consécutives.
RevPAR pendant la CAN : une performance élevée mais non durable
La pression sur la demande s’est traduite par une hausse très marquée de l’ADR, entraînant mécaniquement une augmentation significative du RevPAR sur la période CAN.

Cette performance, bien que spectaculaire, reste événementielle. Dès février 2026, les ADR et le RevPAR sont revenus à des niveaux plus proches de la normale, confirmant que la CAN a généré un pic conjoncturel, non reproductible sans montée en gamme structurelle.
Ce que la CAN a réellement révélé dans les villes hôtes
Marrakech : vitrine mondiale sous tension maximale
Marrakech a confirmé son statut de locomotive touristique. Les performances économiques ont été exceptionnelles, mais la CAN a mis en lumière une fatigue opérationnelle profonde. La pénurie de personnel qualifié, la rotation élevée des équipes et la pression sur les standards de service ont généré une dégradation ponctuelle de l’expérience client, largement visible sur les plateformes d’avis en ligne.
Casablanca : la consolidation du positionnement business et événementiel
Casablanca a pleinement bénéficié de la CAN en termes de visibilité internationale. La ville a démontré sa capacité à absorber une demande élevée grâce à un parc hôtelier plus structuré, mais a également montré ses limites sur la fluidité des services et la coordination événementielle.
Rabat : une montée en gamme accélérée
Rabat a confirmé une trajectoire qualitative. La CAN a servi de catalyseur à la montée en gamme du parc hôtelier et à l’amélioration des standards de service, renforçant son attractivité institutionnelle et culturelle.
Agadir, Tanger et Fès : opportunités et fragilités
Agadir a profité d’une excellente saison hivernale, mais reste très dépendante de la saisonnalité. Tanger a bénéficié de son positionnement stratégique à l’horizon 2030. Fès, malgré une progression réelle, demeure pénalisée par une offre hôtelière inégalement modernisée et une promotion internationale insuffisante.
Après la CAN : 2026, retour à la normale sur une base plus élevée
Les premières semaines de 2026 confirment un retour à une dynamique plus stable, mais sur des niveaux nettement supérieurs à ceux d’avant 2024. La CAN a laissé des équipes plus expérimentées, des infrastructures éprouvées, mais aussi une prise de conscience collective : le modèle hôtelier marocain doit se professionnaliser rapidement.
Selon la FNIH, le secteur devra former, recruter ou requalifier plus de 100 000 professionnels d’ici 2030 pour absorber la croissance projetée et répondre aux exigences internationales.
De la CAN 2025 à la Coupe du Monde 2030 : une répétition générale.
La Coupe du Monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, imposera des standards comparables à ceux des grandes destinations européennes. La CAN 2025 a démontré que le Maroc peut accueillir le monde, mais elle a aussi montré que la performance ne peut plus reposer uniquement sur l’attractivité de la destination.
La réussite de 2030 dépendra de la qualité de l’expérience hôtelière, de la fiabilité opérationnelle et de la gouvernance du secteur.
Conclusion : le Maroc n’est plus une promesse, c’est une responsabilité
Avec près de 20 millions de visiteurs, des recettes record et une visibilité internationale renforcée, le Maroc a définitivement changé de statut.
La CAN 2025 n’a pas été un aboutissement, mais un révélateur.
La Coupe du Monde 2030 ne laissera aucune place à l’approximation.
Sources Chiffres annoncés: STR Global événementiel, MKG Consulting rapport post-CAN, FNIH post-événement, déclarations opérateurs hôteliers dans la presse locale, L’Économiste (janvier 2026) STR Global et FNIH
